Turbo Veille #67 : Fanzines à gogo

J’adore les fanzines, certainement parce qu’il s’agit du médium le plus punk qui soit. Un mélange explosif de fait-main, contre-culture et expérimentation graphique totalement décomplexée. Vous avez un crayon, une feuille et accès à la photocopieuse du bureau ? Félicitations, vous êtes officiellement éditeur.

Au-delà de leur accessibilité radicale et de leur dimension multiculturelle, les fanzines sont aussi un terrain de jeu redoutable pour les designers et illustrateurs : là où les règles graphiques n’existent que pour être ignorées, la créativité explose. Pas de brief client, pas de charte à respecter, pas de comité de validation, juste une idée et l’envie de la sortir.
C’est précisément ce chaos maîtrisé qui en fait une source d’inspiration inépuisable, et une belle leçon d’humilité pour nous autres amoureux du grid system.



Dans cette turbo veille, je vous dévoile les derniers fanzines que j’ai dénichés entre la Cool Paper Zone à l’atelier Dulcie September à Nantes et le Shop FAIS-LE TOI-MÊME (si t’es pas content) à Paris (20e).


Qu’est-ce qu’un fanzine ?

Un fanzine est une publication auto-éditée, généralement à faible tirage, créée par des passionnés autour d’une culture ou d’un univers qui leur est cher : musique underground, bande dessinée et illustration, cinéma de genre, mode alternative, poésie, militantisme ou simplement des expérimentations plastiques et visuelles. Contraction de « fan magazine », le terme désigne à la fois un objet artisanal et un acte éditorial indépendant, affranchi des circuits commerciaux traditionnels.

Des origines SF au punk, une histoire de contre-culture

Né dans les années 1930 au sein des clubs de fans de science-fiction américains, le fanzine s’est imposé comme un vecteur de contre-culture avec le mouvement punk des années 1970. Des titres comme Sniffin’ Glues ou Search & Destroy imposent alors une esthétique couper-coller, typographie expressive et photocopie comme langage visuel militant. Dans les années 1980-90, il investit de nouveaux territoires : féminisme, bande dessinée alternative, jeux de rôle, devenant un outil d’expression identitaire autant que culturelle.

Un renouveau porté par l’objet imprimé

Loin d’avoir disparu à l’ère numérique, le fanzine connaît un regain d’intérêt significatif depuis les années 2010. L’objet lui-même est au cœur de cet attrait : formats non standards, papiers texturés, couvertures risographiées aux couleurs superposées à la main, agrafage artisanal. Ce sont principalement des illustrateurs, des graphistes, des photographes, des auteurs indépendants et des collectifs militants qui s’en emparent, souvent comme premier espace d’expression libre avant toute reconnaissance institutionnelle. Le fanzine reste ainsi l’incarnation d’une démarche DIY assumée : produire et diffuser soi-même, sans intermédiaire.


1 — Tips pour créatifs

Amélie Pekolio

C’est le fanzine qui arrive au bon moment et qui fait mal là où il faut. Amélie ne donne pas des conseils, elle écrit un manifeste pour les créatifs qui ont besoin de se rappeler que prendre soin de soi, c’est aussi du boulot. Il m’a touchée. On laissera ça là.

2 — Microbe

Auteurs multiples

MICROBE joue la carte du collectif : une multitude de micro-éditions, autant d’artistes, autant d’univers. Le format est riquiqui… la créativité, elle, déborde.
Animés ou statiques, ces visuels sont toujours pleins de mouvement, et ça donne envie de pianoter dans l’air avec nos doigts.

3 — Du fond de la nuit, brillent les abysses

Salome Michard x Paper Cut

Un livre sérigraphié, relié à la main, signé et numéroté par l’artiste Salomé Michard, imprimé avec soin par Papercut. On y suit une jeune femme venue profiter d’une douce après-midi à la piscine, quand une vague vient briser la quiétude des lieux. Dans son écume, une créature aquatique et étrange surgit, l’invitant à la suivre jusqu’aux profondeurs des abysses. Un voyage graphique aussi poétique que visuel, jouant avec les couleurs et les textures dans un style qui reste longtemps en tête.

4 — Mode d’emploi de presque tout

VREUIL

Un recueil de poème là on ne s’y attend pas. Détourner le format graphique du mode d’emploi qui nous parait aussi insignifiant que d’utilité publique, c’est un coup de géni. publié par les éditions du respirateur qui regorgent de curiosités de la vie courante.

5— Image addict

Florian Hennetier

Est-ce que je me serais un jour imaginé mettre une image de feuille Diddl dans une turboveille ? Pas sûr.

Et pourtant je ne pouvais passer à côté de ce fanzine de collage qui nous replonge tout droit dans l’enfance des 90-2000…

6 — Lagon revue 6

Auteurs multiples

Si vous souhaitez découvrir une multitude d’artistes et illustrateur.ices, cette revue est faite pour vous. Dans une édition dont le façonnage n’a rien à envier à un livre d’art, se mêle une multitude de genres De quoi rassasier notre curiosité !


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